AKIMBO : UN MANGAKA FRANÇAIS À LA CONQUÊTE DU JUMP

Parmi tous les français qui ont choisi la voie du métier de Mangaka il en est un qui sort clairement du lot à mes yeux et ce depuis de longues années, j’ai nommé : Djiguito. Mais qui est-il ? Dessinateur de talent, ultra-productif, indépendant, sérieux et passionné, mais également professeur qui transmet son savoir aux plus jeunes, tout en étant illustrateur pour Dirty Cosmos le comics du Chef Otaku et auteur de deux One Shot… Il serait difficile de résumer son CV en quelques phrases.

Il se lance aujourd’hui à la conquête du Prix Tezuka (qui s’ouvre à l’international cette année Ndlr.) avec son nouveau One-shot « Akimbo » que j’ai eu la chance de lire et dont je vais vous parler dans cet article.

UN UNIVERS AVANT TOUT

AKIMBO se déroule dans le même univers que le précédent One-shot de Djiguito : Mary Kimpride. Et c’est important de le souligner puisqu’au delà de proposer un énième manga calqué sur les structures des superproductions japonaises, les œuvres de Djiguito sont avant tout une invitation dans son univers. Un monde atypique, ultra-référencé et haut en couleurs, où se côtoient personnages charismatiques, drôles, et thématiques réelles et profondes.

Je pèse mes mots lorsque je dis que parmi les Mangakas français indépendants, il est celui qui me fait le plus penser à Eiichiro Oda qui est l’un de mes auteurs préférés. Tout d’abord à cause de l’importance que tient l’univers dans les histoires écrites par Djiguito. L’accent n’est pas mis sur le développement des personnages, ou d’intrigues (même s’il est bien sûr présent et parfaitement exécuté) ; ce qui prime c’est le « Worldbuilding » ; l’art de créer un monde original. Dans Akimbo et Mary Kimpride, on suit deux histoires qui n’ont rien à voir l’une avec l’autre, mais qui se déroulent dans le même monde et participent au développement de l’univers crée par son auteur. Des petites histoires dans un vaste univers, qui semble être finalement le personnage principal des deux oeuvres. C’est également la raison pour laquelle les deux oeuvres introduisent un nombre conséquents de personnages secondaires. Une qualité qu’on retrouve dans One Piece, où le monde crée par Oda prend parfois (souvent) le dessus sur la trame principale dans le coeur des fans. Une façon de travailler qu’on retrouve souvent chez les grands romanciers, mais finalement très peu chez les Mangaka, et j’aime ce qui est rare (pas vous?).

L’ASPECT GRAPHIQUE

L’autre point qui me fait penser à Eiichiro Oda (One Piece) ou encore Tsukushi Akihito (Made in Abyss) est bien sûr le trait du dessin qui s’éloigne des codes tout en se les appropriant intelligemment. Dans Akimbo, on ressent de suite qu’on est face à un manga, mais on distingue aussi quelques influences de Bande-Dessinée européenne et comics pour un métissage qui donne du style. Et le style : ça compte. Djiguito se rapproche également de ces deux grands auteurs par sa façon de gérer les ombrages et le tramage : quasiment tout est manuel, exit les screentones (trames en feuilles Ndlr.) et ça donne réellement du cachet à l’aspect graphique.

Mais ne vous laissez pas tromper trop vite par le style enfantin et joyeux présent dans les œuvres de Djiguito. Il est là pour vous permettre de vous attacher aux personnages, pour vous faire rire, mais également pour vous prendre à contrepied en abordant des thématiques sous-jacentes réelles. La vengeance, la manipulation des médias, les responsabilités d’un artiste face à l’impact de son oeuvre dans la société… Autant de sujets qui nous parlent à tous et qui viennent faire contrepoids avec les aspects plus légers de ses one-shot. En résulte un chapitre complet, équilibré et plaisant à lire, dans lequel on passe du rire, à la hype, puis à la réflexion.

Le tout est délivré sur des pages où l’on sent l’effort qui a été mis dans la composition et le découpage. C’est fluide, parfois très cinématographique, et on constate que Djiguito a bien étudié son sujet et surtout l’expérience acquise au cours de nombreuses années de pratique. Sans exagérer, Akimbo possède l’une des plus belles cases de Flashback que j’ai pu voir, toutes oeuvres confondues.

LES RÉFÉRENCES

Il y aurait encore pas mal de choses à dire mais je finirai sur les références qui sont l’une des choses que je préfère. Il n’y a rien de plus plaisant que de voir un auteur partir d’éléments qu’on connait tous et se les approprier en les mêlant à son univers pour faire sa propre sauce. Gustavo Balar, le cactus mexicain qui nous conte l’histoire me rappelle par exemple le marchand au début du dessin animé « Aladdin » (Disney) et ça a le don de me mettre immédiatement dans l’ambiance. Les Journaliste ont un petit quelques chose de ceux qu’on peut voir dans « La Haine » (Matthieu Kassovitz), et le « Cheyenne Eleven » inspiré du « Seven Eleven » (grande chaîne de supérettes japonaises) est juste une trouvaille incroyable. En bref, selon votre culture, vos codes, vos acquis, certaines choses raisonneront volontairement ou involontairement en vous. Dans Mary Kimpride (précédent One-shot de Djiguito) on retrouvait aussi une ambiance « Tarantino » prononcée et loin d’être déplaisante. Pour moi, à partir de là, le pari est réussi !

Je ne vais pas faire des pages et des pages, je pense que vous aurez compris que mon avis est ultra positif, le mieux qu’il vous reste à faire est d’aller lire Akimbo pour vous faire votre propre idée. Et je vous encourage également à lire Mary Kimpride du même auteur et dans le même univers pour vous immerger encore plus dans le monde si spécial de Djiguito. Je vous invite à aller le suivre sur ses réseaux, à lire Akimbo, et n’hésitez pas à lui passer commandes si vous souhaitez des dessins personnalisés pour vous même ou pour faire un cadeau à vos proches, ses commissions sont ouvertes !

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